Le mensuel des entreprises de la finance et du business

MONNAIE UNIQUE DE LA CEDEAO LE RAPPORT ÉDIFIANT DE DEUX ECONOMISTES DE LA BAD

MONNAIE UNIQUE DE LA CEDEAO LE RAPPORT ÉDIFIANT DE DEUX ECONOMISTES DE LA BAD

Ce document vise à éclairer le débat sur l’introduction d’une monnaie unique en Afrique de l’Ouest dans un contexte économique incertain bouleversé par la crise de la Zone euro. Loin de ralentir l’intégration monétaire, l’expérience récente de la monnaie unique européenne démontre l’intérêt d’accélérer l’instauration d’une monnaie ouest-africaine commune dans l’espace de la Communauté économique

Ce document vise à éclairer le débat sur l’introduction
d’une monnaie unique en Afrique de l’Ouest dans
un contexte économique incertain bouleversé par
la crise de la Zone euro. Loin de ralentir l’intégration
monétaire, l’expérience récente de la monnaie
unique européenne démontre l’intérêt d’accélérer l’instauration
d’une monnaie ouest-africaine commune dans l’espace de la
Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest
(CEDEAO). En effet, aucun pays de cette zone n’est en mesure
de résoudre seul les graves problèmes monétaires d’origine
externe auxquels fait face la CEDEAO, y compris le Nigeria, le
nouveau géant économique du continent, devenu depuis peu la
première économie africaine par la taille de son produit intérieur
brut. Rappelons également que les mécanismes de coopération
monétaire internationale sont loin de fonctionner parfaitement. Dans
ce contexte global délicat, l’introduction d’une monnaie unique à
l’échelle de la CEDEAO offrirait aux pays d’Afrique de l’Ouest une
belle opportunité de mutualiser leurs moyens monétaires et de
promouvoir leurs objectifs communs, tout en poursuivant leurs
objectifs individuels. Nul n’ignore aujourd’hui que l’instauration
d’une monnaie unique commune est une décision qui relève
autant de la politique économique que de l’économie politique.
Le défi majeur pour les pays d’Afrique de l’Ouest consiste donc
à faciliter l’appropriation de ce projet par les parties prenantes. À
cet égard, l’appui d’acteurs essentiels dans la dynamique ouestafricaine
– Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée, Nigeria et Sénégal – nous
paraît primordial, car l’appropriation de ce projet par ces parties
prenantes clés permettra de nourrir l’imagination et la créativité
nécessaires à la conception des politiques attendues des
décideurs ouestafricains dans cet important projet.
Introduction
1. En 2000, les pays d’Afrique de l’Ouest ont exprimé leur volonté
d’accélérer le processus d’intégration monétaire entamé au début
des années 1980, qui s’est concrétisée par un projet prévoyant
la création en deux phases d’une monnaie unique en Afrique de
l’Ouest. Ce plan prévoyait, dans sa première phase, le lancement
en janvier 2015 d’une monnaie unique, l’Eco, par les pays membres
de la Zone monétaire d’Afrique de l’Ouest (ZMAO). Dans un
deuxième temps, la ZMAO devait fusionner avec l’Union monétaire
ouest-africaine (UMOA) pour créer, en 2020, une monnaie unique
dans l’ensemble des quinze pays membres de la CEDEAO. Après
trois reports, en 2003, 2005 et 2009, les responsables ouestafricains
ont finalement renoncé, en juillet 2014, à lancer l’Eco en
janvier 2015, invoquant le niveau insuffisant de préparation et de
convergence économique entre les États membres de la ZMAO. À
cette occasion, ils ont également décidé de changer de stratégie
en abandonnant l’étape intermédiaire de 2015 avec la monnaie
unique de la ZMAO, et en reprogrammant la création d’une monnaie
unique pour l’ensemble de la CEDEAO pour 2020.
2. Le non-respect de l’échéance 2015 pour le lancement de la
monnaie unique dans la ZMAO et les trois reports successifs
ne manquent pas d’alimenter le débat sur la monnaie unique en
Afrique de l’Ouest. La nouvelle échéance 2020 estelle réaliste face
aux récents déboires de ce projet ? Y a-t-il toujours une volonté
politique de créer une monnaie unique dans l’ensemble des pays
membres de la CEDEAO ? Quel est le niveau de crédibilité de l’engagement des responsables ouestafricains dans ce projet ? Les responsables ouest-africains finiront-ils par jeter l’éponge une fois pour toutes ? Autant de questions que l’on est en droit de se poser.

3. Rappelons aussi que le débat sur la monnaie unique ouest
africaine est également exacerbé par les récents développements
économiques en Europe, notamment la crise des dettes
souveraines européennes et son impact sur la monnaie unique
européenne, l’euro. Nombreux sont ceux qui doutent aujourd’hui du
bien-fondé de la décision de créer, il y a maintenant près de deux
décennies, une monnaie unique en Europe. Il est peut-être encore
trop tôt pour le certifier, mais la crise de l’euro pourrait avoir relancé
le débat sur l’opportunité d’une monnaie unique dans la CEDEAO.
À l’approche de l’échéance 2015, les déclarations politiques de
plusieurs responsables ouest-africains traduisaient plus volontiers
une tendance à souligner les obstacles à franchir qu’un enthou –
siasme pour la création de la monnaie unique. Une étude récente
sur les enseignements à tirer de la crise de l’euro semble elle aussi
recommander une pause dans les processus d’union monétaire en
cours en Afrique de l’Est et en Afrique de l’Ouest.
Devant la montée des incertitudes sur la pertinence d’une monnaie
unique en Afrique de l’Ouest, ce rapport vise à contribuer au
débat en examinant, dans le Chapitre II, les difficultés monétaires
rencontrées par l’Afrique de l’Ouest, et en s’interrogeant, dans le
Chapitre III, sur le rôle de l’intégration monétaire dans la recherche
de solutions optimales. Ce chapitre visera également à affirmer
l’intérêt d’une approche régionale pour résoudre les difficultés
monétaires de l’Afrique de l’Ouest, auxquelles aucun pays de
la région, y compris le géant nigérian, aujourd’hui numéro un de
l’économie africaine par la taille de son PIB, ne peut apporter
des solutions à lui seul. Le Chapitre IV proposera ensuite un tour
d’horizon des diverses options d’intégration monétaire, qui nous
permettra de démontrer, dans le Chapitre V, que la création d’une
monnaie unique est la forme la plus avancée d’intégration, et la
meilleure réponse aux préoccupations monétaires actuelles de
l’Afrique de l’Ouest. Enfin, le Chapitre VI présentera une synthèse
des principaux résultats de cette étude.
Les problèmes monétaires de l’Afrique de l’ouest
4. Puisqu’il est naturel que chaque pays possède sa propre
monnaie et sa propre politique monétaire, l’option d’aller vers une
intégration monétaire avec d’autres pays doit être un choix explicite
des pouvoirs publics. Pour être rationnel, ce choix doit viser
principalement à résoudre un ou plusieurs problèmes monétaires,
c’est-à-dire des problèmes rencontrés par le pays dans la conduite
de sa politique monétaire, qu’il ne peut à lui seul résoudre de façon
optimale. De ce fait, l’évaluation de l’opportunité d’une intégration
monétaire en Afrique de l’Ouest doit nécessairement s’appuyer
sur un examen précis et approfondi des difficultés monétaires
rencontrées à titre individuel et à titre collectif par les pays de la
région. Quels sont donc les problèmes monétaires de l’Afrique de
l’Ouest ?
Contraintes du système monétaire international
5. Les difficultés monétaires des pays de l’Afrique de l’Ouest, et des
pays en développement en général, découlent principalement du
système monétaire international actuel qui ne garantit pas de façon
effective un système multilatéral de taux de change raisonnables.
Les politiques monétaires des grands pays industrialisés, y
compris de certains grands pays émergents, peuvent engendrer
une appréciation des monnaies d’Afrique de l’Ouest. Deux études
récentes menées par des économistes de la Banque africaine
de développement établissent la réalité d’une transmission aux
économies africaines, des effets des politiques économiques et
monétaires mises en oeuvre dans le reste du monde. Selon Gurara
et Ncube (2013), la mise en oeuvre de la politique d’assouplissement
quantitatif pratiquée par les pays industrialisés génère des
pressions inflationnistes et en faveur de l’appréciation et/ou
dépréciation des taux de change dans les pays africains. Dans leur
étude sur l’évolution du taux de change effectif réel (TCER) du franc
CFA entre 1999 et 2011, Gnansounou et Verdier-Chouchane ont
également conclu que la courbe de désalignement du franc CFA
est étroitement liée à celle du taux de change euro/dollar, sauf en
cas d’augmentation des prix du principal produit de base exporté
par chaque pays. Dans une autre étude plus récente, Guillaumont
et Hua (2014) affirment aussi que le rattachement de certaines
monnaies africaines aux grandes devises internationales comme le
dollar ou l’euro, ellesmêmes parfois surévaluées par rapport à la
monnaie chinoise, est un facteur important de l’appréciation de ces
monnaies africaines par rapport au yuan.
Volatilité des flux de capitaux et ses conséquences négatives sur
la gestion monétaire
6. Des pays d’Afrique de l’Ouest – notamment le Nigeria, le
Ghana et le Sénégal, considérés comme des marchés pionniers
d’Afrique subsaharienne – ont, à l’instar des pays émergents,
enregistré au cours des dernières années une progression des
entrées de capitaux de portefeuille, résultant partiellement de
l’assouplissement monétaire dans les pays industrialisés et de
la diversification des portefeuilles des investisseurs des pays
développés et émergents. S’il est vrai que la plupart des marchés
pionniers d’Afrique subsaharienne, et en particulier de l’Afrique de
l’Ouest, ont échappé aux difficultés rencontrées par les économies
émergentes, des fluctuations des indicateurs monétaires ont été
observées suite au mouvement de retrait des capitaux initié en
mai 2013 par les pays industrialisés. Au Nigeria, après la première
phase de vente massive en mai 2013, le naira s’est légèrement
déprécié et les rendements des obligations d’État se sont tendus
(voir Graphique 1). Le Ghana a également subi une dépréciation de
sa monnaie, que la Banque du Ghana attribue en partie au reflux
des capitaux dans les pays émergents et en développement après
la décision de la réserve fédérale d’arrêter son programme de
stimulus monétaire.
7. Bien que l’intégration de l’Afrique de l’Ouest au système financier
international soit moins prononcée que dans les pays émergents,
on peut constater que les flux de capitaux internationaux peuvent
avoir des effets déstabilisants sur les taux de change, et sur la
politique monétaire en général, de nombreux pays d’Afrique
de l’Ouest. Il s’agit donc d’un problème important dont ces
pays doivent davantage tenir compte dans l’évaluation de leurs
difficultés monétaires et des réponses appropriées à donner.
Faiblesse des capacités de gestion monétaire
8. Des faiblesses sont observées dans la définition des objectifs,
l’organisation des marchés monétaires et la gestion des liquidités
bancaires. En outre, avec l’émergence de banques transfrontalières
dans la sous-région, la supervision de ces établissements
constitue un véritable défi pour toutes les autorités monétaires en
Afrique de l’Ouest, chargées de préserver la stabilité financière.
Des protocoles d’accord sont signés entre les différentes autorités
de supervision dans la sousrégion, mais leur mise en oeuvre reste insuffisante.

Emerg_eco
ADMINISTRATOR
PROFILE

Posts Carousel

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked with *

Cancel reply

Latest Posts

Top Authors

Most Commented

Featured Videos

En vente ce mois-ci

Agenda

Info Fraternité Matin

[wp-rss-aggregator]

Taux de change